Les Feux de Beltaine - Association loi 1901 RNA : W372013305

TEXTES

Petite sélection de textes parlant des fêtes du premier mai

BELTAINE EN TOURAINE

Extrait du livre de FENEANT J. & LEVEEL M., Le folklore de Touraine, dictionnaire des rites et coutumes, 1989, pp. 269-272.

 

« Le mois de mai est celui de Belenus (ou Bel) et de Belisama sa parèdre. Le couple divin celtique a donné son nom a des localités telles que Balesmes (Belema) ou Ballan. Le culte païen fut remplacé par le culte marial mais la toponymie demeura fidèle aux premiers dieux. […]

Mai est placé sous le signe de la nature primordiale qui se régénéré chaque année de façon magique.

A Tours, jeunes gens et jeunes filles vont boire le « lait de mai » à la ferme de la Belle-Fille au Sanitas en chantant :

« Au temps de la jonquille

Voici le lait de mai

Et vers la Belle-Fille

Il fait toujours aimer ! »

La nature renaissante apparaît dans de nombreuses coutumes sous la forme de rameaux verts ou fleuris car porter un rameau vert porte bonheur. A Chatillon-sur-Indre, on disait à ceux qui n'en portaient pas le 1er mai : « Je te prends sans vert » , et ils recevaient une seillée (seau) d'eau sur la tête.

Sur la grand-place, les conscrits plantaient un simulacre d'arbresous l'apparence d'une grande perche au bout de laquelle était attaché un bouquet de mai orné de longs rubans. La plantation du mai par les jeunes gens était très répandue au Moyen Âge.

Les amoureux mettaient une branche fleurie à la porte de leur amie ; cela se disait « esmayer » ou bien c'était un bouquet de mai à sa fenêtre avec un cornet de dragées ou des biscuits.

Aux Hermittes, les filles gentilles recevaient des branches de charme, les autres des choux à vaches ! Ailleurs, dans le nord du département, les filles mal vues car légères ou vieilles filles… se voyaient attribuer des poireaux, carottes, choux-raves, et même des orties, des pots de chambre ou de la bouse de vache… Langage très clair ! (pomme de pin : putain… Chemillé-sur-Dème).

En ce jour de fête du renouveau, on élisait une Reine de mai, cela pouvait être une petite fille vêtue de blanc et couronnée de fleurs. Les jeunes filles faisaient la ronde autour du « Mai », en tourangeau l'aubépin – arbre sacré aimé des fées celtiques – qui avait été décoré de guirlandes.

Ces rites de la Reine de Mai et cette dévotion au « Mai » se retrouvent Outre-Manche chez nos voisins Grands-Bretons où la tradition est fort vivace.

Cueillir le muguet et le porter sur soi sont les vestiges modernes de cette vieille coutume. Cet usage n'est pourtant pas complètement tombé en désuétude : les paysans plantent volontiers un rameau d'épine fleurie (de genêt ou de charme) sur le fumier. Ainsi sa fertilité en sera augmentée, à condition que le rameau ait été coupé la veille après le coucher du soleil ou le matin avant son lever. Une petite botte de « mai » cueilli le 1er mai doit être placée au bout d'une perche au milieu de la cour de la ferme ou sur le fumier, protection contre les serpents et qui empêche aussi crapauds et serpents de venir têter le bétail. De même, les habitations des hommes et des animaux seront protégées par un rameau de mai – à l'instar du buis bénit.

Les 1er mai est aussi l'occasion d'une curieuse coutume de conscrits à Villebourg (nord du département). Pendant la nuit, ils ramassaient tout ce qui pouvait être trainé sur la place publique et le lendemain, les habitants venaient rechercher leurs biens dans un capharnaüm carvnavalesque. Aujourd'hui, les jeunes maintiennent la tradition. Au moyen Age, les jeunes gens allaient de bon matin sortir du lit tous ceux et celles qu'ils trouvaient et les portaient « en tel état qu'ils étaient » sur le grand autel de la cathédrale où on les aspergeait d'eau bénite… Cet usage se faisait avec une certaine rudesse, on brisait les portes… et on ne respectait pas la qualité de certains chanoines ainsi attrapés… d'où une interdiction en 1481 par le concile provincial. Les assouades avaient lieu le 1er mai dans quelques communes du nord de la Touraine.

[…] Au 1er mai, on plantait une perche ornée de rubans, la direction d'où venait le vent indiquait celle d'où viendrait le galant de la fille de la maison, de la maîtresse ou de la servante. »

 

LES CÉLÉBRATIONS DE LA REINE DE MAI

Extrait du livre de Pierre SAINTYVES, Les contes de Perrault et les récits parallèles: leurs origines (coutumes primitives et liturgies populaires), 1990, pp.217-219

 

« Le chaperon de fleurs et plus spécialement de roses, blanches ou rouges, constituait hier encore la couronne de la Reine de Mai. La couronne et le chaperon de fleurs ont été utilisés de tout temps dans les cérémonies liturgiques, magiques ou religieuses et l'on ne représente pas Maïa, Chloris ou Flore, ces antiques reines de mai, sans un chaperon fleuri. [...]

Une chronique du XVe siècle nous parle d'hommes d'armes se rendant à Compiègne pour esmayer les habitants en portant un chapeau de mai sur leurs habits de fête et nous savons qu'autrefois les jeunes filles d'Echenou (près de Saint-Jean-de-Losne, Côte-d'Or) devaient au mois de mai porter un chapeau de violettes au prieur de Saint-Vivant en Amour ; mais généralement le chapeau de mai était réservé au roi ou à la reine de ce mois printanier. A Hildesheim (Hanovre), on va dans les bois à la rencontre du comte de mai, assis dans son char richement orné de verdure. Le bourgmestre et le conseil présentent la couronne de mai au comte et on élève des mais et des fleurs sur toutes les tours pour l'instauration du nouveau dominateur. En Danemark, le comte de Mai entre en ville portant deux couronnes autour de ses épaules. Sur le marché il se voit entouré de belles jeunes filles et choisit parmi elles une comtesse ou reine de Mai en lui posant une couronne de fleurs sur la tête.

Dans le roman de Guillaume de Dole qui remonte tout au début du XIIIe siècle, non seulement on quête le mai dans les bois, on enguirlande les murs et l'on jonche le sol de verdure et de fleurs, mais lorsque s'avance la belle Lienor tous s'écrient : "Voilà Mai ! Verte Mai !" entendez la reine de Mai.

La tradition d'une reine de Mai en Provence remonte à la plus haute antiquité. Nostradamus écrivait déjà : « La coutume est très ancienne de choisir les plus belles jeunes filles du quartier que l'on attife gorgieusement avec couronnes de fleurs, guirlandes, joyaux et accoutrements de soie, sur des trônes élevés, en guise de jeunes déesses posées dans des niches communément appelées Mayes auxquelles tous les passants, au moins de condition honnêtes, sont invités et obligés de contribuer par quelques pièces d'argent moyennant un baiser. » En 1920, j'ai encore vu une dizaine de petites reines de mai dans le port de Toulon, toutes voilées et coiffées de fleurs. M. Balleydier parle d'une jeune fille qu'il rencontra sur le chemin de Valence, assise sur un siège élevé et orné de guirlandes. Elle était couronnée de roses blanches, portait un sceptre de fleurs, et se trouvait entourée de ses compagnes formant la cour de cette reine champêtre qu'on nomme la Belle de Mai. Dans la région de Grenoble, les reines de Mai ne sont plus aujourd’hui'hui que des enfants parés d'une couronne de fleurs et assises sous un feuillage d'aubépinier, au coin d'une rue ou à l'entrée d'un village pendant qu'une de leurs compagnes se recommande aux passants pour les frais de la parure de la reine. A Lons-le-Saulnier et Château-Chalon (Jura), le premier jour de mai, les jeunes filles de douze à quinze ans prennent l'enfant la plus jolie qu'elles peuvent trouver, la parent de beaux habits, la couronnent de fleurs et la portent de maison en maison en chantant :

Étrennez notre épousée,

Voici le mois, le joli mois de mai,

Étrennez notre épousée,

Voici le mois de mai, le joli mois de mai

Qu'on vous amène.

La reine de mai, dans le Jura, exerçait son pouvoir pendant les trente et un jours du mois ; elle choisissait des demoiselles d'honneur qui devaient travailler pour elle et lui obéir au doigt et à l’œil. La maïetta donnait un nom de fleur à chacune d'elles.

Dans maints comtés d'Angleterre, on plante au mois de mai un if enguirlandé de roses sur la place du village et la plus jolie des jeunes fillettes de l'endroit se place auprès de lui et couronnée de fleurs comme la Maye de Provence, tandis que ses compagnes font la ronde en dansant et en chantant autour d'elle, en lui jetant des roses effeuillées comme un hommage à sa beauté et à sa suprématie. A Dunkerque, les rondes de mai sont connues sous le nom de Rozenhoed ou danses du chapeau de roses parce qu'elles ont lieu sous une couronne et des guirlandes de fleurs suspendues au milieu des rues. »

LES GALETTES DE BELTAINE

Extrait de l'article de Denis-Richard BLACKBOURN, Ethnozoologie des Hautes-Terres et des îles d'Écosse : les clans et leurs relations avec l'animal domestique. In: Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 38ᵉ année, bulletin n°2,1996

 

« L'importance du bétail dans la vie quotidienne des Highlanders est illustrée par la juxtaposition de ces dates avec celles des principaux festivals, d'origine païenne. Là Beltain était l'un des plus anciens festivals du calendrier gaélique et en ce jour, la coutume voulait que les troupeaux soient conduits entre deux feux allumés à l'aide de bois sacré (sorbier, Sorbus aucuparia) afin de les protéger des maladies et des influences néfastes des "Forces Obscures" (Ross, 1990 : 134). Des galettes (bannocks) étaient ensuite cuites dans ces feux et cassées par les bergers qui en faisaient offrande, en jetant les morceaux par-dessus l'épaule, aux divers animaux prédateurs (renard, vulpes vulpes, aigle, Aquila chrysaetos, corneille mantelée, Corvus corone corone, et loup, Canis lupus, avant son élimination) qu'ils imploraient d'épargner leurs bêtes. »

LA FOIRE DE BELTAINE

Extrait du livre de KEATING, Histoire de l'Irlande, 1808


« C'est à la fête de Beltene que se tenait la foire où l'on avait coutume d'échanger biens, marchandises et trésors. Les hommes y faisaient aussi des sacrifices au grand dieu qu'ils adoraient et qui se nommait Bel. C'était une coutume de dresser en l'honneur de Bel, dans chaque canton d'Irlande, deux feux entre lesquels on poussait les bêtes malades de chaque espèce pour les guérir et les préserver pendant l'année. Et c'est d'après ce feu qu'est nommée la noble fête qui a lieu le jour des deux apôtres Philippe et Jacques, Bealtaine, c'est-à-dire Beilteine, ou feu de Bel. »

LE BAISER DE MAI

Décrit par César de Nostredame dans L’histoire et chronique de Provence, par Cæsar de Nostradamus, gentilhomme provençal, Lyon, 1614.

 

« La coutume est très ancienne de choisir les plus belles jeunes filles du quartier que l'on attife gorgieusement avec couronnes de fleurs, guirlandes, joyaux et accoutrements de soie, sur des trônes élevés, en guise de jeunes déesses posées dans des niches communément appelées Mayes auxquelles tous les passants, au moins de condition honnêtes, sont invités et obligés de contribuer par quelques pièces d'argent moyennant un baiser. »

LA REINE DE MAI

Poème par Tennyson, 1833

 

Vous devez demain vous éveiller de bonne heure, chère mère, et de bonne heure m'appeler. Demain sera le plus heureux jour de la riante nouvelle année, le plus gai, le plus ravissant de la joyeuse nouvelle année. Car je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai.

 

Il y a, dit—on, beaucoup d'yeux noirs, mais aucuns si brillants que les miens. On parle de Marguerite et de Marie, de Catherine et de Caroline. Mais dans tout notre pays, nulle, dit-on, n'est si belle que votre petite Alice. Et je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai.

 

Je dors toute la nuit d'un si profond sommeil, que je ne m'éveillerai pas, si dès l'aube du jour vous ne m'appelez à haute voix, et je dois cueillir des boutons de fleurs, des bouquets, des guirlandes. Car je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai.

 

En traversant la vallée, qui croyez-vous que j'aie vu? Robin, appuyé sur la balustrade du pont, à l'ombre d'un cendrier. Il songeait, mère, au regard perçant que je lui ai lancé hier. Car je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai.

 

Il m'a prise sans doute pour un esprit. l'étais tout en blanc, et sans prononcer un mot, j'ai glissé devant lui comme un éclair. On dit que je suis cruelle. Mais je ne m'inquiète pas de ce qu'on dit. Je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai.

 

On dit que Robin meurt d'amour. Non, cela ne peut être. On dit, mère, que son cœur se brise. Peu m'importe. Assez d'autres vaillants garçons me courtiseront un jour d'été. Je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai.

 

La petite Effie descendra demain avec moi dans la prairie, et vous serez là aussi, mère, pour me voir couronnée reine de mai, et de loin et de tout côté viendront les bergers. Car je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai.

 

Autour du portail, le chèvrefeuille entrelace ses rameaux flottants. Le long des tranchées dans la prairie éclot la douce fleur du coucou. Sur les terrains humides, la sauvage chrysantème brille comme une flamme. Et je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai.

 

Les vents de la nuit se lèvent et passent sur le vallon ; à mesure qu'ils passent, les étoiles semblent plus lumineuses. Il n'y aura pas une goutte de pluie en tout ce mémorable grand jour. Et je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai.

 

Toute la vallée sera verte et fraîche et paisible. Sur la colline s'épanouiront la primevère et la renoncule, et le ruisseau courra limpide et gai entre ses rives fleuries. Car je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai.

 

Vous devez donc demain vous éveiller de bonne heure, chère mère, et de bonne heure m'appeler. Demain sera le plus Heureux jour de la riante nouvelle année. Car je serai la reine de mai, ô mère, je serai la reine de mai. »

DIALOGUE AVEC LA DEESSE FLORA, LA "REINE DE MAI" ROMAINE

Extrait du traité d'OVIDE, Les fastes, V, Flora et ses jeux (I-IIe siècles)


« FLORA : "Peut-être penses-tu que mon règne se borne aux tendres couronnes ?

Ma puissance divine s'étend aussi aux champs.

Si les champs ensemencés fleurissent bien, la moisson sera riche ;

si la vigne fleurit bien, il y aura du vin ;

si les oliviers fleurissent bien, l'année sera très brillante,

et la croissance des fruits dépend du temps de la floraison.

Une fois que les fleurs sont abîmées, meurent les vesces et les fèves ;

meurent aussi tes lentilles, ô Nil lointain.

Les vins soigneusement abrités dans de grands celliers fleurissent aussi,

avec un nuage d'écume couvrant le haut des tonneaux.

Le miel est mon présent : c'est moi qui convoque sur la violette,

le cytise et le thym argenté les insectes qui donneront le miel.

C'est aussi mon oeuvre lorsque, dans les années de jeunesse,

les âmes sont pleines de fougue et les corps pleins de vigueur."

[...]

J'étais prêt à demander [à la déesse] pourquoi, au cours de ces jeux,

le libertinage était plus grand et les plaisanteries plus débridées ;

mais il me vint à l'esprit que Flora n'est pas une divinité sévère

et que les présents qu'elle offre sont liés aux plaisirs.

Tous les fronts sont ceints de couronnes tressées

et une table somptueuse disparaît sous un tapis de roses.

Ivre, un convive, les cheveux dans un bandeau en écorce de tilleul,

danse sans retenue, puisant son inspiration dans le vin.

Ivre, il chante devant le seuil cruel de sa belle amie ;

ses cheveux parfumés sont entrelacés de souples guirlandes.

On ne fait rien de sérieux avec une couronne sur la tête,

et les gens parés de guirlandes de fleurs ne boivent pas d'eau pure.

Achélous, au temps où ton eau ne se mêlait pas au jus des grappes,

on ne trouvait nul plaisir à cueillir des roses.

Bacchus aime les fleurs ; sa constellation nous apprend

que Bacchus a aimé la couronne d'Ariane.

Des scènes légères conviennent à Flora ; non, croyez-moi,

elle n'est pas à ranger parmi les déesses en cothurne.

Pourquoi est-ce la foule des courtisanes qui célèbrent ces jeux ?

La raison n'est pas bien difficile à fournir.

Flora n'est pas de ces sombres déesses, aux discours grandiloquents,

elle veut que sa fête soit accessible à des choeurs populaires

et nous dit de jouir de la beauté de l'âge, quand il est en sa fleur,

et de ne pas nous soucier des épines une fois les roses flétries.

Mais, alors qu'aux fêtes de Cérès, on revêt des vêtements blancs,

pourquoi Flora doit-elle être parée de toutes les couleurs ?

Est-ce parce que la moisson blanchit quand les épis sont mûrs,

tandis que les fleurs ne sont que couleur et éclat ?

Elle approuva, et secouant sa chevelure, laissa tomber des fleurs

sur les tables, telles les roses que la coutume y répand.

Il restait les flambeaux, dont je ne connaissais pas l'explication,

mais la déesse m'arracha à mon ignorance en disant :

"Les lumières ont paru convenir aux jours qui me sont consacrés :

c'est que les champs sont illuminés de fleurs pourprées,

ou que la fleur et la flamme n'ont pas des couleurs passées

mais un éclat qui attirent sur elles les regards,

ou que nos plaisirs s'accommodent bien de la licence de la nuit :

c'est la troisième explication qui est la vraie."

"Il est encore un détail dont il me resterait à m'enquérir,

si c'était permis", dis-je ; elle dit à son tour : "C'est permis".

"Pourquoi lors de tes jeux, enferme-t-on dans des filets non des lionnes de Libye,

mais des chèvres inoffensives et des lièvres inquiets ?

Elle répondit qu'elle régnait, non sur les forêts mais sur les jardins

et sur les champs inaccessibles à des bêtes agressives."

Elle avait tout à fait fini et s'éloigna dans l'air léger, son parfum subsista :

on put savoir ainsi qu'une déesse était passée. »